Dans la cuisine de l'herboriste : Recettes  

Champagne des fées des 4 saisons

… Ou comment murmurer à l’oreille des levures sauvages

Adeptes des champagnes des fées et autres bulles naturelles : apprivoisez les levures ! Faites pétiller vos boissons ! Ciao, les sodas trop sucrés et bourrés d’additifs, et vivent les limonades pleines de vie, au bon goût de plein air et de liberté.

Parce que oui : il n’y a pas que le sureau dans la vie ! C’est sûr, au printemps, il nous donne une délicieuse limonade. Mais ne nous arrêtons pas là ! Et si on vous disait que tout (ou presque) peut pétiller ? Que vous pouvez explorer aussi votre terroir en le mettant en bouteille ?

C’est en préparant le dernier atelier de notre cycle "Herboristerie gourmande & créative" sur les sodas naturels qu’on est tombées sur le livre génial de Pascal Baudard, The Wildcrafting brewer (malheureusement pas encore traduit en français) : l’auteur y transmet (entre autres !) son amour pour les "hike sodas", ces boissons-hommages aux lieux sauvages qu’il explore, comme un souvenir vivant et plein de goûts…

Et voilà ce qu’il nous dit : plus de 1 500 types de levures sauvages ont déjà été recensées, mais il y en a probablement bien d’autres ! Beaucoup, beaucoup de plantes en sont riches (cf. liste après la recette). Et pourquoi est-ce que ça nous intéresse ? Et bien parce que ce sont elles qui permettent à la fermentation d’avoir lieu, donc au bout du compte d’obtenir de jolies boissons gazeuses aux mille saveurs.

Le procédé de base est tout simple ! Mais pour réussir à tous les coups vos boissons fermentées, l’idéal est de comprendre un peu comment fonctionnent les levures sauvages (rendez-vous juste après la recette).

Préparation

10 min
+ 10 j.

Difficulté

1
Facile

Pour 1 bocal d'1,5 L

  • 1 L d’eau non chlorée
    Pour déchlorer l’eau du robinet, vous pouvez la faire bouillir, puis refroidir, la filtrer au charbon actif, ou la laisser reposer quelques heures dans un récipient large et ouvert
  • 100 g de sucre blanc ou blond
  • 1 bol rempli de végétaux riches en levures naturelles
    (cf. liste)
    Ici, les pétales d’une dizaine de coquelicots + la même quantité de roses sauvages
  • 1 citron

Pas-à-pas

  • Dans un bocal type Le Parfait d'1,5 L bien propre, versez les ingrédients dans l'ordre indiqué, puis couvrez votre bocal d’un tissu que vous ferez tenir avec un élastique.
  • Laissez 1 semaine dans un endroit chaud en mélangeant 2 fois par jour.
  • Quand des bulles vigoureuse apparaissent, filtrez et mettez en bouteille (choisissez-en une à bouchon mécanique).
    Encore quelques jours à attendre pour que la boisson soit bien gazeuse…
  • Et on peut (enfin) la boire, ou la conserver au réfrigérateur, en dégazant régulièrement
    ⚠️ Cette étape est importante pour éviter tout risque d'explosion !

Tout simple ? Oui, mais… c’est vrai, on peut rater. On attend, on attend, et non : ça ne pétille pas !

Pourtant : rien de compliqué, mais pour murmurer à l’oreille des levures sauvages, c’est bien plus facile si on comprend comment elles fonctionnent.

Alors, déjà : de quel type de fermentation on parle, exactement ? Ici, nos ferments sont donc des levures, et elles permettent de conduire une fermentation alcoolique. Simplement, on arrête cette fermentation avant que l’alcool ne commence à se développer.

Pour devenir actives, ces levures ont besoin de chaleur, et d’un petit coup de pouce au démarrage :

-> Mélanger plusieurs fois par jour permet de mettre les levures présentes naturellement sur les fleurs ou dans la peau des fruits en contact avec le sucre… c'est-à-dire : avec leur nourriture !

-> Ajouter du citron permet entre autres de rendre la préparation plus acide, et donc moins propice au développement de pathogènes, le temps que la fermentation commence.

Et comme nous, manger donne aux levures de l’énergie ! Peu à peu, on commence à les voir s’activer dans notre bocal, une petite mousse apparaît : c’est la fête !
Et comme nous, elles rejettent des déchets : du CO2. D’où les petites bulles qui vont commencer à apparaître. Quand ces bulles deviennent vigoureuses, on embouteille : la boisson, dans laquelle il reste du sucre, continue alors à fermenter, et les levures à produire du CO2 dans un espace fermé et sans oxygène, ce qui augmente la pression.

-> Pour savoir quand on embouteille, il vaut mieux regarder la boisson que la recette : on veut une mousse abondante, et de belles bulles !

-> Si la fermentation ne démarre pas, c’est peut-être qu’il fait trop froid, ou que votre eau est chlorée, ce qui peut tuer les levures… ou juste qu’elles prennent leur temps !

Peu à peu, le CO2 va intégrer la boisson… mais s’il reste trop de sucre, la pression sera trop forte et la bouteille risque d’exploser, donc pensez à ouvrir le bouchon régulièrement pour dégazer !

Au contraire, s’il ne reste pas assez de sucre, la boisson va rester toute plate. Pour redonner un petit coup de boost aux levures, il suffit alors de remettre un peu de sucrant dans la bouteille (sucre, sirop, fruits…)

Et voilà : y a plus qu’à !

Pour vos champagnes, voilà une liste (non exhaustive) de végétaux riches en levures sauvages avec lesquels on a expérimenté :

  • Les cônes verts de pin sylvestre (Pinus sylvestris)
  • Les fleurs de sureau noir (Sambucus nigra)
  • Les pétales de rose non traités
    👉🏻 Il faut en mettre une bonne quantité pour une boisson qui a du goût
  • Beaucoup de peaux de fruits (kiwi, pomme, ananas, raisin…)
  • Les framboises, les fraises et les queues de fraises, les mûres
  • Les fleurs de pissenlit (Taraxacum officinale), sans les parties vertes
  • Les fleurs de trèfle (Trifolium pratense)
  • Les jeunes pousses d’épicéa (Picea abies)
  • Les rhizomes de gingembre et de curcuma
  • Les pétales de Magnolia (Magnolia liliflora)
  • Les fleurs de Camomille ananas (Matricaria discoidea)...
  • Bonjour,
    Merci pour votre recette détaillée.
    Je confirme, ça semble simple sur le papier mais ça demande de l’expérimentation !

    J’ai déjà fait plusieurs tests : thym romarin cet hiver, lilas et sureau dernièrement en suivant d’autres recettes et je n’ai pas ou très peu de gaz.
    Je déduis de votre article qu’il faut que je laisse fermenter plus longtemps au départ pour avoir une belle mousse.
    Par contre, je mettais en bouteille et directement au frigo. Si j’ai bien compris, vous laissez la bouteille à température ambiante pour que le gaz se forme. Ce n’est que lorsque la pétillance est suffisante que l’on transfère au frigo ?
    Merci !

    • Bonjour et merci à vous 🌼
      Que de belles expérimentations !

      Pour vos tests avec le thym et le romarin, la quasi-absence de gaz peut être liée à plusieurs choses :
      – La température : Comme vous avez fait vos fermentations en hiver, elle était a priori moins élevée, et le froid ralentit fortement l’activité des levures responsables de la fermentation… sauf si vous avez un système pour maintenir les préparations entre 20 et 25°C (nous avons une petite chambre de pousse pliable qui permet ça et c’est très pratique pour fermenter à la saison froide !)
      – Le choix des plantes : le thym et le romarin sont très riches en huiles essentielles, qui ont des propriétés anti-microbiennes (c’est notamment pour ces raisons qu’on en fait des tisanes en hiver), et les levures qui permettent la fermentation des champagnes des fées sont justement des microbes. Les feuilles de ces plantes portent donc souvent moins de levures sauvages actives que des fleurs très nectarifères comme le sureau ou le lilas.
      Vous pouvez donc retenter l’aventure en été et en ajoutant des plantes qui vont favoriser la fermentation comme du gingembre ou du curcuma frais.

      Pour la mise en bouteille : effectivement, comme le froid ralentit fortement l’activité des levures, si on met les bouteilles directement au frigo, la fermentation peut quasiment s’arrêter avant que suffisamment de gaz ne soit produit.
      En général, on laisse donc d’abord les bouteilles à température ambiante pour que la fermentation continue et produise du CO₂. A ce stade, on évite de trop ouvrir les bouteilles, sinon on laisse échapper le CO₂ qu’on cherche justement à piéger. Certaines personnes utilisent des bouteilles tests en plastique : quand elles deviennent rigides à la pression, c’est que c’est prêt à passer au frigo. Sinon, vous pouvez simplement attendre de voir s’il y a de petites bulles qui remontent le long de vos bouteilles en verre et si la boisson devient un peu plus trouble.
      Dans tous les cas, si la fermentation était déjà très active au moment d’embouteiller et/ou s’il fait chaud, pensez bien à dégazer après 1 ou 2 jours pour éviter les risques d’explosion !

      On espère que ça vous sera utile, très bonne journée 🌿

  • Super Loulou
    Organises tu des stages de cuisine sauvage ?

    Si oui peux-tu me tenir au courant stp ?
    Très intéressé ++

    • Bonsoir et merci pour ton commentaire 🌿 Nous organisons des ateliers des cuisine et nous avons un cycle de formation à l’année dans la région de St-Malo, nous prévoyons d’organiser des stages prochainement. Le plus simple pour être tenu au courant, c’est de t’inscrire à notre newsletter depuis le site (il y a normalement un encart sur chaque page où tu peux laisser ton adresse mail). Merci encore et à bientôt !

  • Je vais tenter le pétillant de roses, mais une amie m’a dit de me méfier du botulisme… Du coup, j’hésite. Vous n’en parlez pas du tout. Il y a-t-il un risque que cela se développe et me mette en danger lors de la consommation ?

    • Bonjour, et merci pour votre message,
      Les champagnes des fées ne sont généralement pas considérés comme des préparations à risque concernant le botulisme. Pour le comprendre, il faut faire un détour par le fonctionnement de la bactérie responsable de cette toxine, Clostridium botulinum, qui se développe surtout dans des milieux :
      – pauvres en oxygène,
      – peu acides (pH au-dessus d’environ 4,6),
      – et biologiquement peu concurrentiels.
      Or, dans un champagne des fées correctement conduit :
      – On laisse le bocal ouvert, simplement couvert d’une gaze, justement parce que les levures ont besoin d’oxygène au départ
      – On mélange régulièrement la préparation, ce qui favorise leur activité en oxygénant le milieu
      – On acidifie dès le début avec du jus de citron afin de créer un milieu plus sûr et plus sélectif
      – On utilise une eau déchlorée pour ne pas freiner les fermentations naturelles.
      Dans cet article, on s’est justement attaché à donner les clés de compréhension pour mener correctement la fermentation du champagne des fées : tout cela permet à la fermentation de démarrer rapidement, avec une forte activité microbienne (levures, puis autres micro-organismes fermentaires), et évite de réunir les conditions favorables au développement de cette toxine.
      Cela dit, il est tout à fait normal d’avoir des inquiétudes concernant cette toxine, qui reste l’une des plus dangereuses connues en microbiologie alimentaire. C’est d’ailleurs pour cette raison que nous détaillons son fonctionnement dans notre livre Herbes folles à ma table, notamment à propos des huiles aromatisées, considérées comme des préparations plus à risque vis-à-vis du botulisme.
      On espère avoir répondu à vos questions et on vous souhaite de belles expérimentations 🌿

  • Bonjour, merci beaucoup pour cette excellente recette. Pourriez vous me donner la quantité nécessaire de gingembre s’il vous plaît.

    • Bonjour, pour le gingembre on procède généralement un peu différemment : on réalise d’abord un levain ou starter, avec lequel on va ensemencer une infusion de gingembre. On obtient ainsi une ginger beer. Le processus n’est pas compliqué mais un peu long à expliquer : vous en trouverez le détail dans notre PDF cadeau, que vous pouvez télécharger gratuitement sur ce site. La recette donnée est celle du pétillant de curcuma, mais c’est exactement le même procédé pour le gingembre.
      Bonne journée et belles expérimentations!

    • Bonjour et merci pour votre commentaire ! Si vos préparations tournent au vinaigre, c’est qu’une double fermentation a lieu : la 1ère (alcoolique) est menée à son terme, et elle suivie d’une 2e fermentation (acétique) qui transforme l’alcool en vinaigre. Avec la recette que nous proposons (quantité de sucre + temps de fermentation), la 1ère fermentation (alcoolique) est normalement simplement amorcée, ce qui donne une préparation qui ne contient qu’une quantité infime d’alcool : elle ne devrait donc pas tourner au vinaigre. Les raisons pour lesquelles cela pourrait avoir lieu seraient une fermentation trop longue et une quantité trop importante de sucre (car plus il y a de sucre, plus la boisson finale sera alcoolisée). On espère avoir répondu à vos questions !

  • Bonjour et merci pour votre recette ! Si je rince les pétales avant de les mettre dans le bocal,vont-elle perdre des levures? Bonne journée !!!🌹🌺

    • Bonjour et merci pour votre commentaire : oui tout à fait, on déconseille de laver les fleurs pour éviter de perdre les levures. Donc il faut surtout s’assurer de cueillir dans un endroit non pollué. Très bonne journée 🌿

  • Bonjour, après 3 jours j’ai de la moisissure sur la préparation (peches, citron, sucre , lavande, eau)…..est ce possible de sauver?

    • Bonjour ! Dans ces cas-là on préfère mettre au compost… Pour éviter ce problème la prochaine fois, mélangez bien la préparation chaque jour et tout devrait bien se passer 🌿 ! Bonne journée

  • Bonsoir, avec la chaleur et la sécheresse je n’ai pratiquement plus de fleurs…
    Peut-on essayer avec des centaurées?

    • Bonjour et merci pour votre commentaire ! On n’a pas eu l’occasion de tester mais selon nos sources, on peut effectivement consommer la Centaurée jacée (Centaurea jacea) et la Petite Centaurée (Centaurea erythraea). Par contre, ce sont des plantes amères donc à voir si le goût de la préparation sera agréable. N’hésitez pas à nous dire si vous essayez 🌸 !

  • Est ce possible de faire qq chose (une boisson pétillante) avec des fleurs de lavande? Des mures et des groseilles?

    • Bonjour, on a déjà essayer avec les mûres et cela fonctionne très bien. On n’a pas encore testé avec les groseilles et les fleurs de lavandes seules (on s’en sert pour aromatiser des boissons déjà fermentées, mais on n’a pas lancé des boissons fermentées à partir des fleurs), a priori ça devrait marcher aussi. N’hésitez pas à nous faire un retour ! 🌸

  • MerciS pour ce partage de savoir. Après le kéfir et le sirop de fleurs de sureau, vive le champagne des fées 🌷j’ai hâte de tester et de déguster.

    • Bonjour, on n’a pas encore eu l’occasion d’essayer avec le jasmin officinal ou les fleurs des espèces de Chèvrefeuilles qui sont comestibles donc on ne pourra pas vous faire de retour; si vous essayez, faites simplement attention car toutes les espèces de jasmin ou de chèvrefeuille ne sont pas comestibles: selon nos sources, les fleurs traditionnellement utilisées sont celle de Lonicera caprifolium et periclymenum pour le chêvrefeuille ; et celles de Jasminum officinale pour le jasmin ! N’hésitez pas à nous faire un retour si vous testez 🌿 !

  • Bonjour, merci pour la transmission. Je me posais une question : en terme de sucrosité, ne vaut il pas mieux boire du kéfir puisqu’il.ne reste alors quasiment plus de sucre car il est mangé par les grains …

    • Bonjour et merci à vous ! Que ce soit du kéfir, du kombucha ou du champagne des fées, il ne reste que très peu de sucre au final car les micro-organismes (ici les levures sauvages) le consomment et le transforme en dioxyde de carbone (ce qui explique que ça pétille) et en alcool (sauf qu’on stoppe la fermentation avant la production d’alcool) 🌿

  • Le boost il faut faire mettre au bout de 8j .
    Et le gingembre c’est le rhizome ou la fleur svp.
    En tout super 👍. Merci pour ce partage

    • Merci beaucoup ! Pour ce procédé, il n’y a pas d’ajout de levain comme dans du kéfir (avec les grains), du kombucha (avec la mère) ou dans une ginger beer (où on ajoute du levain de gingembre à une infusion refroidie de gingembre – parce que le fait de chauffer l’infusion a tué les levures présentes sur le gingembre) : on utilise les levures sauvages directement présentes sur la peau des végétaux dès le début de la fermentation ! Et quand on parle du gingembre, il s’agit du rhizome 🌿

      • Ah du coup on n’épluche pas le gingembre 🤔
        Je consomme du kefir pour les prebiotiques, y’en a-t-il dans le champagne de fleurs?
        En tout cas tester plein de fleurs me ravit! Merci pour votre partage de savoir!!

        • Bonjour et merci pour votre commentaire ! Toutes les boissons fermentées sont effectivement riches en probiotiques donc c’est aussi le cas des champagnes de fleurs ! On vous souhaite de belles expérimentations 🌿

  • La nature est merveilleuse, comprendre comment elle fonctionne et par la même occasion ce que l’on fait est essentiel. Transmettre ce savoir, c’est beau. Merci

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