Le Lierre grimpant

Pour célébrer cette nouvelle année, on vous parle aujourd’hui d’une plante qui était très respectée par les druides, symbole de force vitale et de renouveau. Pourtant, c’est une plante souvent mal aimée, considérée à tort comme dangereuse et parasite : on espère, si c’est le cas, faire un peu changer votre regard sur le Lierre grimpant (Hedera Helix L.) en ce début 2021.

D’abord, le Lierre est le seul représentant en France de la famille des Araliacées, qui comprend des plantes plutôt subtropicales : c’est qu’il est apparu il y a plus de 60 millions d’années, à une époque où il n’y avait pas d’hiver sous nos latitudes ! C’est l’une des très rares plantes qui a su s’adapter aux changements de climats et traverser les âges.

Contrairement aux idées répandues, le Lierre prend racine dans le sol et s’attache à son support à l’aide de crampons, eux-mêmes dotés de la glu naturelle la plus puissante qu’on connaisse : une fois que le Lierre est accroché, il sera impossible de le déloger. D’où la devise qui lui est associée : « je meurs où je m’attache ».

Loin de pomper l’énergie de la plante sur laquelle il grimpe, il la protège du froid et des intempéries, tout en servant de refuge et de nourriture aux petits mammifères (chauve-souris, lérots, musaraignes…) et aux insectes auxiliaires (syrphes, papillons, guêpes…). Il a même sa propre abeille, à qui il a donné son nom : la collète du Lierre (Colletes hederae), qui s’alimente en nectar et en pollen exclusivement sur cette liane (dans notre région, elle est présente dans les îles anglo-normandes et les îles Chausey). Le Lierre est aussi propice à la nidification des oiseaux, qui lui rendent bien son service car c’est grâce à eux que les graines sont disséminées.

Il faut dire qu’il ne fait rien comme tout le monde car il fleurit très tardivement (de septembre à octobre-novembre) et va donc porter ses fruits pendant l’hiver (de novembre à juin de l’année suivante, avec un pic de maturité entre décembre-janvier et mars-avril), ce qui va permettre notamment aux abeilles et aux oiseaux de se nourrir au cours d’une saison où les ressources se raréfient. D’ailleurs, les Celtes le considéraient comme protecteur, et pensaient qu’il avait la capacité d’éloigner les mauvais esprits environnants.

Autre particularité, le Lierre est polymorphe et connaît au cours de son développement des métamorphoses uniques dans nos régions tempérées : pendant une à plusieurs dizaines d’années, la jeune plantule alors stérile va ramper sur le sol à la recherche de l’ombre et s’enraciner à intervalles réguliers, produisant des feuilles triangulaires de 3 à 5 lobes qui forment un tapis.

Lorsqu’il rencontre un support vertical, le Lierre modifie sa trajectoire et son aspect : il s’ancre alors à son support à l’aide de crampons couverts de poils qui sécrètent une substance adhésive. Les feuilles changent également de forme : plus petites car percevant plus de lumière, elles deviennent ovales et pointues à l’extrémité. Ces rameaux peuvent désormais fleurir et fructifier.

Ce polymorphisme a conduit les naturalistes du XIXe siècle à distinguer à tort 2 espèces : le Lierre rampant, appelé « Lierre stérile », et le Lierre grimpant, ou « Lierre en arbre ».

L’originalité du Lierre se retrouve même dans les difficultés de classement qu’il a suscitées : pour les Anciens, il s’agissait d’un arbre, pour les botanistes modernes, d’un arbuste, jusqu’à ce que l’on finisse par créer une catégorie à part : les lianes arborescentes.

Le Lierre est aussi présent dans les mythologies des civilisations antiques :

– Dans la mythologie égyptienne, il est très étroitement associé à Osiris, dieu de la fécondité et de l’immortalité, comme en témoigne son nom grec Chenosiris, « l’arbre d’Osiris ».

– En Grèce antique, il constitue, avec la vigne, l’attribut végétal de Dionysos, dieu de l’ivresse et de la création artistique, que l’on invoque sous le nom de « Kissos » (« Lierre »). Cette relation commence dès la naissance du dieu : Héra, jalouse parce que Sémélé est enceinte de son mari, incite cette dernière à exiger de Zeus qu’il lui prouve son amour en se montrant à elle sous son vrai visage. Celui-ci s’exécute, mais la mortelle ne peut supporter cette vue, et la foudre dont le dieu du Ciel est accompagné dévaste le toit de la maison. Un plant de Lierre, grimpant le long des colonnes, remplace aussitôt la toiture par un berceau de feuillage, permettant à l’enfant-dieu de survivre à sa mère et d’achever sa croissance… dans la cuisse de son père !
Dionysos et le Lierre ne se quitteront pour ainsi dire plus, puisque le dieu est toujours représenté avec sa couronne de Lierre… en fait, celui-ci était considéré comme l’antidote contre les maux liés au vin et à ses excès : on le portait autour du crâne pour lutter contre le mal de tête qui succède à la consommation excessive d’alcool. Si on pensait que le vin était empoisonné, on le mélangeait à ce dernier en guise d’antipoison.

– On retrouve encore le Lierre chez les Celtes pour lesquels il est considéré comme un arbre sacré, toujours symbole d’immortalité, lié à la mort et à la renaissance : attaché solidement à son support, il représente la fidélité, au point d’être parfois utilisé dans les mariages druidiques pour relier les poignets des mariés afin de renforcer leur amour. Ces mêmes druides intégraient parfois la plante à la confection de potions magiques.

Côté pharmacie, le Lierre est employé depuis l’Antiquité par les Égyptiens et les Grecs : il était utilisé pour traiter un grand nombre de maux, comme la dysenterie, les maladies de la rate, et en externe contre les ulcères, les maux de dents et des oreilles. Au Moyen Âge, le Lierre devient une véritable panacée puisqu’on fait appel aux vertus de chacune de ses parties pour une foule de problèmes : avec les feuilles, on traite « les crachements de sang, l’hydropisie, les maladies de la rate, l’ozène, les maux de tête, la jaunisse, l’aménorrhée et la dysménorrhée, l’insomnie et les maladies de la peau ; le suc contre la pierre, les engorgement des ganglions, la surdité et les maux de tête (…), la racine contre les troubles de la vue l’hydropisie ; les graines contre les ulcères du nez, les migraines et l’épilepsie » (P.-V. Fournier).

Aujourd’hui inscrit à la Pharmacopée française liste A, il est reconnu notamment pour ses vertus expectorantes, anti-inflammatoires et veino-toniques (cf. Dr. E. Lorrain), du fait de sa richesse en saponines (ou saponosides).

S’il existe différentes formes de préparations du Lierre grimpant qui permettent de profiter de ces vertus, la consommation de cette plante présente des risques : les fruits sont toxiques, la plante entière peut être allergisante, un surdosage peut provoquer nausées, vomissements, diarrhée…. Il est donc nécessaire de se référer à un médecin ou à un herboriste avant toute utilisation et de préférer les produits du commerce qui offrent la garantie d’un respect scrupuleux des dosages.

Le Lierre est une excellente alternative à la lessive : ses feuilles contiennent 5% à 8% de saponines, molécules constituant sans doute pour la plante un moyen de défense contre les herbivores et les microbes pathogènes, et qui ont également un effet tensioactif qui leur donne des propriétés moussantes et détergentes.
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Bibliographie :
– P.-V. Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, Omnibus, 2020.
– F. Laporte, Les arbres sacrés des druides, Rustica Éditions, 2019.
– P. Lieutaghi, Le Livre des Arbres, Arbustes et Arbrisseaux, Actes Sud, 2004.
– Dr. E. Lorrain, Grand Manuel de phytothérapie, Dunod, 2019.

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