L’Ajonc

Si les mois d’hiver sont souvent longs, froids et pluvieux, le marcheur qui s’aventurera sur les landes désolées sera saisi par l’éclat des petites fleurs jaunes de l’Ajonc qui persistent à éclore, comme autant de petits soleils.

Devenu l’emblème végétal de la Bretagne en décembre 2016, l’arbrisseau, avec ses épines menaçantes et sa floraison quasi-permanente, représente le voyage parfois douloureux qui mène à la renaissance, associé à la bravoure au combat et à la nécessité de ne pas perdre espoir dans les heures les plus sombres. Selon les mots de P. Lieutaghi, les ajoncs « forment la troupe de choc, le corps d’élite de l’armée pacifique des arbrisseaux de nos climats : la lande ».

Plante protectrice, on lui attribuait le pouvoir de repousser les sorcières, car elle symbolisait la lumière victorieuse contre les ténèbres. Pour s’en protéger, il fallait en agiter quelques branches au-dessus de la tête d’une de ces créatures, et frapper le sol autour de sa maison.

D’ailleurs, dès l’origine, la création de l’Ajonc aurait été le lieu d’un bras de fer entre Dieu et le Diable : ce dernier ayant créé une plante faite de longues épines, Dieu aurait voulu corriger cet affront en décrétant que l’arbrisseau serait toujours en fleurs.

Au-delà des légendes, l’Ajonc a longtemps tenu une place importante dans l’économie paysanne bretonne : combustible bon marché, il était utilisé notamment pour chauffer les fours des boulangers. Il a été également employé comme fourrage pour le bétail jusque dans les années 1950 (ce qui lui a valu le surnom de « luzerne des pays pauvres »), et on lui a trouvé bien d’autres qualités, comme par exemple empêcher les fagots de pourrir, entrer dans la composition de torchis, boucher les brèches dans les talus, ou encore servir de litière pour les vaches…

Grâce à la couleur or de ses fleurs, l’Ajonc a par ailleurs compté – avec son voisin des landes, le Genêt – comme un colorant jaune de choix : l’arbrisseau doit cette teinte à sa richesse en flavonoïdes, qu’il fabrique pour se protéger des agressions extérieures (rayons UV, sécheresse), particulièrement violentes dans les milieux naturels où il pousse ; il se constitue ainsi un véritable écran solaire !
Si l’on s’en servait pour teindre la laine, il était également courant de faire bouillir les œufs de Pâques avec une poignée de fleurs d’Ajonc pour les colorer.

Côté botanique, l’Ajonc (Ulex spp.) appartient à la famille des Fabacées, caractérisée par ses fleurs en forme de papillon.
La floraison débute précocement dès février, atteint son pic au printemps – exhalant alors un fort parfum de noix de coco -, puis continue de s’épanouir sporadiquement, même au cœur de l’hiver.
Ses fruits sont des gousses dont les graines sont libérées sous l’effet de la chaleur : les promenades estivales sur nos côtes sont ainsi ponctuées de petits bruits semblables à du pop-corn qui éclate. Sachant qu’une seule plante peut produire plusieurs milliers de graines par an, qui peuvent elles-mêmes germer pendant plus de 20 ans, on comprend bien sa réputation d’espèce « invasive »… et on peut imaginer l’intensité des concerts de gousses et de graines par forte canicule !
Les feuilles des jeunes pousses se transforment rapidement en épines robustes qui assurent alors la photosynthèse, ce qui permet à l’arbrisseau de limiter les pertes d’eau par évaporation et de contrer l’appétit des herbivores.

L’Ajonc d’Europe (Ulex europeus) est l’espèce la plus répandue, présente de la péninsule ibérique aux îles britanniques. En Bretagne, on trouve également l’Ajonc Le Gall (Ulex gallii) et l’Ajonc nain (Ulex minor), qui se répartissent le territoire : à l’Ouest de la Côte d’Émeraude pour le premier, à l’Est pour le second.

Le nom breton de la plante, « lann« , signifiait à l’origine « Terre », avant de désigner plus précisément la « lande », dont l’Ajonc constitue la végétation pionnière : en effet, en fixant l’azote de l’air, il enrichit le sol qu’il protège également de l’érosion, permettant l’implantation d’autres végétaux plus exigeantes – comme les arbres.

Les graines de l’Ajonc contiennent un alcaloïde toxique : celles-ci étant peu appétissantes, cette toxicité concerne surtout le bétail à qui l’on ne donnait que les épines fauchées et broyées avant floraison, pour éviter la présence de graines.

Si l’Ajonc n’est pas comestible, son miel savoureux est apprécié pour son nectar très doux. On peut s’en servir pour confectionner des pâtisseries (ex : pain d’épices, gaufres…), des sirops, ou encore de l’hydromel !

On ne trouve presque aucun usage médicinal référencé de l’Ajonc, des auteurs grecs à nos jours. L’ethnobotanique nous invite à nous pencher sur les traditions populaires qui n’ont pas été consignées par écrit, l’usage des fleurs (récoltées au début de leur épanouissement) étant par exemple répandu en Espagne pour traiter les maladies du foie.
Pour Pierre Lieutaghi, « l’Ajonc est une plante à étudier mais, bien défendues, ses fleurs ne feront jamais la fortune d’une herboristerie sur le déclin ».

Aujourd’hui, on peut cependant trouver la plante parmi les élixirs floraux du Dr. Bach. Pour ceux qui ne sont pas familiers avec la démarche de ce médecin, disons pour résumer qu’il a donné naissance à une nouvelle thérapie destinée à ré-harmoniser les émotions. Il en a ainsi isolé 38, correspondant chacune à une plante. L’Ajonc est la plante que préconise le Dr. Bach à ceux qui ont perdu l’espoir, pour retrouver la force d’aller de l’avant et faire face aux difficultés.

Alors on vous souhaite de belles promenades en ce début 2021… avec un conseil : n’oubliez pas de frapper dans les mains lorsque vous vous aventurez à travers les Ajoncs, car on dit qu’ils sont le lieu de pénitence des âmes des défunts effectuant leur purgatoire sur Terre.

Bibliographie :
D. Giraudon, « L’ajonc sur le bout de la lande », La lande : un paysage au gré des hommes, Feb 2007, Châteaulin, France, pp. 167-179 (disponible en ligne).
– P. Lieutaghi, Le Livre des Arbres, Arbustes et Arbrisseaux, Actes Sud, 2004.
–  M.-C. Roignant et J.-L. Le Moigne, Fleurs sauvages de Bretagne., Éditions Palantines, 2007.

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