Le Thym

L’hiver arrive, le froid s’installe, et en cette année particulière, nous avons plus que jamais besoin d’un bon système immunitaire. On vous présente aujourd’hui une plante que vous connaissez tous, mais dont vous ignorez peut-être la puissance… Grande alliée de notre système immunitaire et respiratoire : le thym.

Dès l’Antiquité, la plante touche au sacré : les Égyptiens et les Étrusques en mélangeaient à leurs onguents pour embaumer leurs morts ; les Grecs et les Romains en brûlaient devant les autels des dieux, et s’en servaient comme encens pour purifier l’air et se protéger des mauvais esprits. Dans la mythologie grecque, le thym est né des larmes d’Hélène lors de son enlèvement par Pâris, qui déclencha la guerre de Troie.  

Le thym était aussi symbole de force et de courage : on dit que les guerriers grecs s’en faisaient un bain avant de partir au combat. Cette représentation a traversé les siècles, puisqu’à l’époque des Croisades, les femmes brodaient des abeilles volant près d’une branche de thym sur les écharpes des chevaliers qui partaient au loin. Aujourd’hui encore, porter une branche de thym sur soi apporterait vaillance et vitalité !

Quand on parle du thym, on pense surtout au thym commun (Thymus vulgaris). C’est une plante appartenant aux Lamiacées, grande famille de plantes que l’on appelle aromatiques car elles sont riches en essences. C’est une vivace qui apprécie la chaleur et les sols bien drainés, et qui évoque la garrigue et le soleil du Sud de la France : c’est que la plante a besoin de chaleur pour libérer ses arômes, même si elle supporte très bien le froid.

En Bretagne, c’est plutôt son cousin le serpolet (Thymus serpyllum) que l’on va trouver à l’état sauvage. Leurs propriétés sont les mêmes que celles du thym, mais moins prononcées.

Il faut dire que si le thym commun est la plante la plus connue, il n’existe pas moins de 250 espèces du genre, ce qui nous laisse imaginer la richesse de la palette d’odeurs et de saveurs qui peut exister, même au sein de chaque espèce.

Vertus médicinales :
Utilisée dès l’Antiquité, le thym est resté au travers des siècles une plante médicinale de premier plan : Hildegarde de Bingen en vantait les mérites au Moyen-Âge, les moines bénédictins en cultivaient pour ses vertus… « Il est tout et encore tout », écrit à son sujet l’herboriste M.-A. Mulot, avant de poursuivre : « Digestions pénibles, fermentations intestinales, manque d’appétit, faiblesse cardiaque, anémie, fatigue physique ou intellectuelle, angoisses, neurasthénie, toux, convalescence, asthme, bronchite, grippe, refroidissements, troubles hépatiques, insomnies, troubles des règles, infections des voies urinaires… tout cela peut se traiter avec notre thym ».
C’est que thym agit sur l’ensemble de l’organisme : plante tonique, il va venir stimuler les fonctions respiratoires, digestives, et circulatoires, et même, si on en croit P.-V. Fournier, relever le moral.  Voici ce qu’il nous en dit : « le Thym est très utile dans toutes les maladies infectieuses, et non seulement celles de l’appareil respiratoire, comme la grippe, la pneumonie, la broncho-pneumonie, mais également dans celles intéressant les intestins, les reins et la vessie ».
Cet antiseptique et antioxydant puissant va ainsi renforcer l’organisme tout en lui donnant des outils pour lutter contre les agressions.

Préparations médicinales :
Pour profiter de ces vertus, rien de tel qu’une préparation simple et efficace : l’infusion.
Enfin, simple, tout dépend ! En fait préparer une tisane est (un peu) plus complexe qu’on ne le pense, si on veut qu’elle soit vraiment efficace. Rien de bien sorcier non plus, voici quelques astuces pour ne rien perdre (ou presque) de ses précieux constituants :

  • Ne pas utiliser de sachets, qui compriment la plante et réduisent sa surface de contact avec l’eau, mais plutôt des plantes en vrac. Pour la même raison, il est préférable d’émietter les plantes sèches et de bien ciseler les plantes fraîches juste avant de les mettre dans l’eau.
  • Pour une extraction optimale, laisser la plante dans l’eau froide une demi-heure avant de commencer à chauffer.
  • Couvrir sa casserole pour que les composés volatiles ne s’échappent pas (l’idéal consiste même à faire retomber les gouttelettes cristallisées sous le couvercle dans la casserole).
  • Ne pas dépasser 85°-90°C, pour éviter que les composés les plus fragiles ne s’altèrent, et que les composés aromatiques ne s’évaporent.

Selon la pharmacopée française, on utilise entre 5 et 20g de plantes sèches par litre d’eau. D’autres sources vont parfois indiquer d’autres dosages : par exemple, pour le thym, on peut aller jusqu’à 20-30g selon M.-A. Mulot. Il faut entre 2 et 5 fois plus de plantes fraîches, en fonction de leur teneur en eau.

Revenons à notre tisane de thym. Selon l’effet désiré, on va pouvoir l’associer à d’autres plantes :

  • En digestif, on peut la combiner à de la menthe et de la mélisse.
  • Pour lutter contre les fermentations intestinales, on pensera à l’anis ou la sarriette.
  • Pour soutenir le système immunitaire et accompagner un froid, un petit mal de gorge, ou en cas de grosse fatigue, on ira chercher du côté du gingembre et du citron pour leur côté tonique et réchauffant. Un peu de miel d’eucalyptus, de thym ou de sapin ne pourra qu’améliorer le goût de la tisane, tout en apportant des vertus antiseptiques et anti-inflammatoires des voies respiratoires.
  • Pour favoriser l’expectoration lors d’une bronchite, les personnes qui ne souffrent pas d’hypertension artérielle ajouteront à leur tasse une petite cuillère de réglisse en poudre.

Maintenant que nous avons notre infusion, nous allons pouvoir préparer notre pharmacie pour l’hiver avec un bon sirop que l’on pourra utiliser en cas de problèmes de bronches, mais aussi de digestion.
Pour que la préparation soit bien stable, il faut dans l’idéal 130g de miel pour 100mL d’infusion de thym (ou 200g de sucre). Si vous préférez sucrer moins, c’est tout à fait possible : il faudra dans ce cas conserver votre bouteille au réfrigérateur. Faites chauffer l’infusion et le miel de préférence au bain-marie, jusqu’à ce que le miel soit dissous. Pour améliorer la conservation, vous pouvez alors ajouter 1 cuillère à soupe de rhum pour 100mL de sirop. Versez votre préparation dans une bouteille ou un bocal stérilisé(e) : c’est prêt !

– Selon, M. Dubray, le thym est à éviter en cas d’allergie aux plantes de la famille des Lamiacées.
– Il est recommandé aux femmes enceintes ou allaitantes d’éviter les extraits et concentrés de thym.
– L’infusion de thym peut être utilisée chez les enfants à partir de 4 ans, mais en respectant bien les doses indiquées et avec un avis médical.

Dans la cuisine française, on trouve le thym partout. Il faut dire que les fameuses herbes de Provence sont sans doute les herbes aromatiques les plus présentes dans nos placards, utilisées pour sublimer une gamme infinie de préparations, de la sauce tomate aux ragoûts en passant par les grillades et les marinades…

Quant au thym seul, il est souvent associé aux légumes d’été comme la tomate, l’aubergine ou la courgette, mais on peut le décliner en toute saison : avec des produits laitiers comme le fromage de chèvre, en boulangerie où il parfumera avantageusement nombre de préparations.

Pour un peu de dépaysement, on pourra se tourner vers le zaatar, qui veut dire littéralement « thym » en arabe et qui désigne aussi de manière plus générale toutes les plantes de la famille des Lamiacées. Dans le commerce, c’est un mélange d’épices utilisé dans la cuisine moyen-orientale et dont la base est constituée de thym, de sésame, de sumac et de sel. Traditionnellement, on peut le déguster en trempant son pain d’abord dans une coupelle d’huile d’olive, puis dans une autre coupelle de zaatar.

Côté sucré, on pourra associer le thym avec de nombreux fruits d’été comme les abricots et les pêches, mais aussi en automne et en hiver avec par exemple les agrumes, les pommes, les coings, ou encore le chocolat et la cannelle. Le thym citron (Thymus x citriodorus) est particulièrement bien adapté aux desserts, avec son agréable saveur acidulée.

Vous l’avez compris, les possibilités d’associations sont infinies. On vous propose quelques idées :
Muffins anglais au thym (au levain)
Tartelettes tatin d’échalotes confites, pâte brisée au thym
Zaatar
Coings au sirop de thym

Manaich au zaatar

Ressources bibliographiques :
– C. Bernard, Grand manuel pour fabriquer ses remèdes naturels, 2018.
– M. Dubray, Guide des contre-indications des principales plantes médicinales, Lucien Souny, 2018.
– S. Garland, Le Livre des Herbes et Épices, Fernand Nathan, 1980.
– P.-V. Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, Omnibus, 2020.
– M.-A. Mulot, Secrets d’une herboriste, Dauphin, 2018.
– Dr. J. Valnet, La phytothérapie, Le Livre de Poche, 2018.

Sites Internet :
https://www.altheaprovence.com/thym-bienfaits-bronchites-infections-urinaires-candidoses-intestinales/
https://www.lechemindelanature.com/ (Formation du Cueilleur)

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