Le Chêne

Bonjour à vous !

Nous sommes heureuses de commencer cette aventure avec l’arbre magique par excellence, qui a donné son nom aux druides et servi de temple aux Celtes : le chêne.

Pour commencer, une brève présentation botanique : on trouve 8 espèces spontanées en France. En Bretagne, vous en croiserez surtout 2 : le chêne pédonculé (Quercus robur) et le chêne sessile (Quercus petraea).
Leurs utilisations alimentaires et médicinales restent les mêmes d’une espèce à l’autre, c’est surtout leur concentration en tanins qui varie (pour trouver des arbres moins riches en tanins, il faudra descendre plus au Sud).

Alors cet arbre majestueux dont on donne les fruits aux cochons, qu’a-t-il à nous offrir ? Vous nous voyez venir de loin et vous ne serez pas surpris qu’on vous réponde : tellement de choses !

D’abord, et ça n’est pas rien, il a prouvé qu’il pouvait sauver des populations de la famine. En fait, les chasseurs-cueilleurs du Paléolithique et du Néolithique consommaient déjà le gland, qui a tenu longtemps une réelle place dans l’alimentation humaine. Le chêne appartient d’ailleurs à la famille des Fagacées, mot qui vient du grec « phago » qui signifie « manger ».
Avec le développement de l’agriculture, certains peuples abandonnent cette nourriture qui deviendra celle des bêtes, mais qui sera cependant réutilisée par les plus pauvres pendant les grandes périodes de disette. Le gland est en effet très nutritif (deux fois plus calorique que la châtaigne à poids égal !), tout en possédant un indice glycémique bas. Il est riche en glucides (50-60%), en lipides (10%) et en protéines (7-8%). Il apporte également à l’organisme des sels minéraux (calcium, phosphore, potassium) et des vitamines du groupe B (bénéfiques pour notre système nerveux).

Un aliment formidable donc, mais attention ! Car du fait de la présence très importante de tanins, on ne peut pas consommer le gland sous sa forme brute : ingéré en excès, il peut provoquer troubles digestifs et maux de têtes en inhibant les enzymes digestives de l’organisme.
Il faut donc éliminer l’excès de tanins : comme cette molécule est soluble dans l’eau, il suffit de faire bouillir les glands dans plusieurs eaux, jusqu’à ce que leur âpreté soit éliminée.

Alors si vous avez, comme nous, une passion pour l’expérimentation, et qu’une préparation un peu fastidieuse ne vous fait pas peur, on vous propose quelques idées de recettes pour découvrir cet aliment oublié. Avant toute chose, l’aventure commencera probablement par une balade en forêt : les glands sont mûrs lorsqu’ils tombent de l’arbre. On peut ramasser aussi bien les verts que les marrons, en faisant attention à ne pas ramasser ceux qui ont des petits trous car ils sont véreux.

Ça vous tente ? Voilà les liens vers les différentes recettes que l’on a testées :
Pommes Dauphine à la purée de glands
Tarte Linzer à la farine de glands
« Café » de glands

En plus des qualités nutritionnelles de ses fruits, le chêne est aussi un précieux allié de notre santé. Ses propriétés médicinales sont là encore liées à la présence importante de tanins.
Pour résumer, ces derniers se lient aux protéines présentes dans la peau et les muqueuses et vont ainsi en resserrer les fibres, ce qui va donner à ces tissus plus de tenue. C’est par ce même mécanisme qu’ils vont s’associer aux protéines présentes dans les mucus pour les précipiter, formant ainsi une couche protectrice sur les muqueuses. D’où les vertus hémostatiques et cicatrisantes du chêne : les tanins permettent de resserrer les vaisseaux sanguins, contribuant à l’arrêt des saignements. Ils se lient aussi aux protéines et cellules du sang, favorisant la coagulation. On comprend que le chêne soit également utilisé comme anti-diarrhéique : les diarrhées sont en effet liées à un relâchement des jonctions entre les cellules qu’on trouve à la surface de l’intestin, et les tanins vont aider à resserrer ces dernières.

En plus de son estomac, le chêne a depuis très longtemps nourri l’imaginaire de l’Homme. On aimerait passer des jours et des jours à vous raconter des histoires, mais pour faire court, on vous propose un petit résumé du symbolisme du chêne :

  • Arbre vénéré par excellence, le chêne est le symbole de la puissance. Il allie force, solidité, hauteur, longévité : associé à Zeus par les grecs, il n’est rien de moins que l’axe du monde et le support du ciel. Sa solidité est telle que la massue d’Héraclès, taillée dans le bois du chêne, le rendait invincible ! D’ailleurs, en latin, « chêne » et « force » utilisent le même mot « robur ». De même, dans l’Antiquité romaine, la couronne civique, composée de feuilles de chênes, était une distinction accordée à ceux qui avaient sauvé la vie d’un citoyen romain. On en décorait aussi les guerriers pour les récompenser de leurs actions d’éclat. Aujourd’hui encore, les feuilles de chêne sont une décoration militaire aux États-Unis.
  • Cet arbre est aussi considéré comme une porte entre le monde des dieux et celui des hommes. Il donne son nom gaélique « duir » aux druides, « hommes de chêne », et leur confère sagesse et connaissance. « Duir » sert d’ailleurs de racine commune au mot « porte », en anglais (« door ») et en allemand (« Tür »).
  • Chez les Celtes, il est le temple autour duquel on se rassemble pour les rituels. Dans l’Ancien Testament, c’est auprès d’un chêne qu’Abraham reçoit les révélations de Yahvé, et il est dit que c’est dans le chêne des fées que Jeanne d’Arc écoutait les voix célestes.
  • Mais encore ! Cet arbre haut et dressé représente la droiture morale : c’est sous un chêne du bois de Vincennes que Saint Louis écoutait les doléances de ses sujets et rendait la justice.
  • On le trouve présent dans un nombre incalculable de récits et croyances. Voici quelques uns de nos préférés :
    – Dans la mythologie grecque, les dryades (du mot « dryos », chêne), étaient des nymphes qui présidaient aux bois et aux arbres. Elles pouvaient danser autour des chênes qui leur étaient consacrés, et survivaient à leur destruction, contrairement aux Hamadryades, qui habitaient l’écorce des chênes et mouraient avec lui s’ils étaient abattus. Pour avoir le droit d’abattre un chêne, il fallait donc effectuer un rituel afin de permettre aux nymphes de se retirer.
    – Selon les superstitions, garder toujours sur soi un gland, une feuille ou un morceau d’écorce permettrait de profiter de ses vertus protectrices, mais aussi d’acquérir de la force et profiter d’une vie longue.

On se permettra pour finir de dévier un peu du sujet pour dire que cet arbre qui nous nourrit, nous soigne, nous ouvre les portes de mondes occultes et d’histoires extraordinaires, nous offre aussi un bois des plus solides.
En effet, le bois de chêne, et notamment de chêne breton, a été beaucoup utilisé pour sa robustesse et a servi à construire des charpentes de cathédrales, de châteaux, des navires de guerre, mais aussi des fûts pour les grands vins. La poudre de son écorce a été utilisée pour le tannage des peaux. A Saint-Malo, ce sont des fûts de chêne qui protègent depuis le XVIIe siècle la ville des plus fortes marées d’Europe : les vagues s’y cassent avant d’atteindre les remparts.

Alors voilà ! On espère vous avoir donné envie de vous promener en forêt… et que vous aurez trouvé dans cet article de quoi rêver et vous régaler !

On vous retrouve bientôt pour de nouvelles balades…

Ressources bibliographiques :
– C. Auray, Enquête sur les remèdes traditionnels en Bretagne, Éditions Ouest-France, 2011.
– P.-V. Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, Omnibus, 2020.
– C. de Hody, Les bienfaits des arbres, E/P/A, 2019.
– F. Laporte, Les arbres sacrés des druides, Rustica Éditions, 2019.
– M.-A. Mulot, Secrets d’une herboriste, Dauphin, 2018.
– Dr. J. Valnet, La phytothérapie, Le Livre de Poche, 2018.

Sites Internet :
https://www.altheaprovence.com/les-tanins-partie-1/
https://www.altheaprovence.com/les-tanins-partie-2/
https://www.lechemindelanature.com/ (Formation du Cueilleur)

Un avis sur « Le Chêne »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

<span>%d</span> blogueurs aiment cette page :